Vernissage Bruyantes Mécaniques à la Plateforme – Paris 20ème

Du 30 mars au 15 avril se tient l’exposition Bruyantes Mécaniques à la Plateforme, petit espace dédié aux arts contemporains au dessus de la station Buzenval. Nous y étions pour le vernissage.

La galerie accueille durant cette période quatre installations qui tentent une exploration de la symbolique de la probable conscience des machines. Étrange, tant les installations ne laissent finalement aucune chance aux machines de s’exprimer librement, les variations possibles étant déclenchées par des événements en apparence aléatoires, mais finalement régis par des règles strictes toujours dictées par le créateur.

Stéphane Bissières – DATALINE

Nous nous retrouvons d’abord face à des grappes de disques durs dont les battements de la tête de lecture, synchronisés au début, vont en se décalant les unes les autres sans toutefois se « perdre ». L’harmonie devient donc de plus en plus complexe, jamais totalement discordante. Mais elle reste toujours dirigée : les motifs créés n’émergent pas d’un chaos aléatoire, ne dérivent pas de stimuli extérieurs, mais suivent les grandes lignes d’un algorithme souverain. Altération dans la forme d’une composition classique.

Studio Bruyant – TOTEM

La pièce de résistance, le Totem, est une construction verticale bardée de sources sonores percussives, qui réagit et se met à tambouriner sous la direction des personnes qui l’entourent. Les règles sont inconnues, les capacités de captation de la machine tenues secrètes. Malgré les qualités techniques indéniables de l’oeuvre, l’interactivité tombe à plat.

Et c’est toute la faiblesse de ces installations : une conclusion nous est offerte, des disques durs qui grésillent, des machines qui hululent, mais les règles qui ont guidé le développement sont volontairement obfusquées. Les machines parlent une langue incompréhensible. Nous n’entendons que du bruit, qui devrait nous faire nous interroger sur notre époque contemporaine, celle des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Il serait possible d’en faire sens pourtant, car avec un aléatoire aussi maîtrisé, un dictionnaire existe. Il est sous la garde du créateur, confondant hermétique et mystique : on s’interroge alors non pas sur l’intelligence – inexistante – des machines, mais sur la volonté d’artistes de présenter un discours dans une langue connue d’eux seuls.

Nous y étions pour le vernissage, et aucun dialogue n’était prévu entre la congrégation et les quelques rares non-initiés présents. Notamment un trio de touristes, perplexes devant les œuvres et laissés à leurs interrogations sans un regard de la part des galiéristes ou des artistes. Dommage, car devant les efforts d’ingéniosité déployés, une discussion pour guider les ouailles dans leur réflexion aurait été plus que bienvenue.

Peter Keene – FORBIDDEN PLANET

À voir donc pour les curiosités et les trouvailles techniques certaines, mais ceux qui refusent de se voir relégués au rang de figurants d’une expérience volontairement obscure risquent d’être déçus.

1 Reply to “Vernissage Bruyantes Mécaniques à la Plateforme – Paris 20ème”

  1. Le problème recurrent du discours conceptuel de l’artiste qui est toujours tres eloigné du sens artistique de l’objet exposé. Dommage en tout cas du manque de communication-explication entre humains, car notre conscience de la realité ne peut concevoir naturellement une entité pensante autre que celle qui s‘apprente á notre schéma inconscient du monde.

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